Littératures de Sciences et de Fictions
Spectres de Thomas Gunzig

Si vous voulez un récit de science-fiction qui vous emmène très loin jusque dans l’au-delà, qui soit hard science mais pas trop, qui explore l’âme humaine, qui se lit passionnément et qui vous apporte un vertige certain, alors Spectres est pour vous.
Léa est une physicienne de génie, qui sort des sentiers battus et qui se pose les bonnes questions.
Einstein et les autres grands physiciens n’ont pas de secrets pour elle.
Son idée (en raccourci) : » calculer le niveau d’énergie nécessaire pour déplacer des objets de notre dimension dans des espaces intermédiaires aux grains d’espace-temps, que j’ai appelé le Plan dimensionnel secondaire. » (PDS)
Et c’est de là que tout part, et c’est de ce « là-bas » que tout va se gâter.
Car d’objets, on arrivera aux personnes et aux engins de plus en plus lourd.
Une découverte dans cet étrange monde noir et froid (-50°C) : un matériau,
le Carbotitanium, qui pourrait enrayer les énormes dégâts que l’humanité a fait à notre planète. Un industriel, pas si mauvais que cela je trouve (au début), va s’emparer de cette ressource et l’exploiter.
Mais ça va dégénérer. Car dans ce PDS, Il y a quelque chose qui ne va pas apprécier du tout cette ingérence dans ce calme millénaire.
Il y a aussi – entre autres personnages scientifiques – Tom, agent d’entretien, son compagnon, et leur fille qui va naître là-bas, ce qui est à priori totalement impossible.
Dans ce roman que l’on lit en se demandant si on ne rêve pas nous-mêmes, dans une belle écriture addictive qui nous emporte, il y a une réflexion : dans cet au-delà, où gisent les mémoires et les souvenirs de tous les morts, on découvre petit à petit ce monde incroyable et vertigineux, et oui, il ne vaut mieux pas déranger ses « habitants » car ils se vengeront et on le regrettera amèrement !
La fin est surprenante mais dans la ligne de ce merveilleux et démesuré roman de SF, très bien expliqué et qui pose de nombreuses questions sur l’humanité, notre planète, nos ressources, nos morts, nos mémoires, et ce qu’on en fait, qui amène des dérèglements de toutes sortes, c’est un grand plaisir de découvrir cette fabuleuse histoire.
Il y a tout dans ce roman : de la science, de l’action, du suspense, de la tendresse, de la noirceur, de l’émotion, pas étonnant que le père de Thomas Gunzig soit cosmonaute.
De la SF comme cela, on en redemande et ça mérite un prix !
Un vertige, vous dis je !
Deux petites remarques accessoires :
La quatrième de couverture (la partie de l’éditeur) ne rend pas du tout hommage à ce livre.
En revanche, la première de couverture, noire comme ce roman, me fait penser à un tableau de Soulages.
Une citation : Soudain, sans qu’elle comprenne pourquoi ou comment,
à l’âge de six ans Léa commença à s’intéresser au fonctionnement du monde.
C’était ça, la catastrophe.