Le Mage du Kremlin de Giuliano da Empoli

Voici un récit captivant et très instructif sur l’histoire et la nuée de personnes qui tourbillonnent autour de la montée en puissance du nouveau maitre de la Russie : Vladimir Poutine.
Ici, Vadim Baranov (inspiré de Vladislas Surkov, ex-éminence grise et stratège de Poutine) conte au narrateur sa propre histoire au plus près du pouvoir pendant quelques quinze années.
Il est aussi un fervent amoureux des livres :
 » – Je ne savais pas que vous collectionnez des livres anciens.
– Je ne les collectionne pas, je les lis. Il s’agit de deux choses différentes. »
Baranov est un fervent admirateur d’Evgueni Zamiatine ; son roman « Nous » (1920) est « l’équivalent russe » du roman plus connu « 1984 » de Georges Orwell qui s’en est inspiré en 1949.
J’en recommande la lecture, avant ou après le Mage du Kremlin.
De la lutte contre les terroristes en Tchétchénie jusqu’à la guerre en Ukraine en passant par les purges et les JO de Sotchi, on en apprend beaucoup sur Poutine, sa façon expéditive de gouverner, et on comprend mieux comment il en est arrivé là.
On côtoie Gorbatchev, Eltsine, mais surtout Khodorkovski, Berezovsky, Prigogine, mais c’est sa rencontre avec Poutine qui est la plus forte.
 » L’homme avec lequel je venais de partager le repas ne consentirait jamais à laisser qui que ce soit le guider. »
 » On pouvait peut-être l’accompagner, et c’était mon intention de le faire, mais certainement pas le conduire. »
Plus loin, sur la Tchétchénie :
« Le fonctionnaire ascétique s’était transformé en archange de la mort. »
Et au long du récit :
« Le Tsar a restauré la verticalité du pouvoir en Russie et les électeurs lui en ont été reconnaissants. »
Au pouvoir, Poutine s’en prend aux oligarques, et notamment à Khodorkovski qu’il fit envoyer dans une prison sibérienne.
Il fait référence à Staline, qu’il juge plus populaire que lui, s’il se présentait maintenant contre lui.
« Un milliardaire est tout à fait libre de dépenser son argent, mais pas de peser sur le pouvoir politique. »
« Nous reprendrons le contrôle des sources de richesse de notre pays : le gaz, le pétrole, les forêts, les mines, et nous mettrons cette richesse au service des intérêts et de la grandeur du peuple russe, non pas de quelque gangster avec villa sur la Costa del Sol. »
Sur l’Ukraine:
 » La révolution orange n’est pas née sur la place Maïdan à Kiev, elle est née à Langley, en Virginie. »
Pour Poutine, l’Occident est un peuple de dégénérés, et l’Otan un épouvantail qu’il veut à tout prix éviter près de chez lui.
Sa rencontre avec Angela Merkel qui perd la face à cause du labrador qui accompagne Poutine est assez étonnante.
Puis Baranov se retire à temps, faisant d’ailleurs parti de la liste noire des Occidentaux :
« Je considère qu’il s’agit là d’un oscar à ma carrière politique. » (!) , puis retrouve sa chère Ksenia qui avait préférée Khodorkovski en son temps.
–> Pourquoi ces quelques passages ?
Pour faire comprendre que ce livre n’est pas un livre comme les autres, car il s’appuie sur des personnages et des faits réels.
—> Comment Giuliano da Empoli sait-il tout cela ? Mystère.
Il y a peut-être des erreurs, des incohérences, mais tout ce que je peux dire, c’est : Ne passez pas à côté du « Mage du Kremlin », ni de « Nous«  d’ailleurs !

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